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![]() tape de bouche du CFM |
le CFM de A à Z |
![]() écusson du CFM |
Ce qui suit n'a été rendu possible que grâce à un agenda que j'ai partiellement tenu à jour, mais aussi grâce au courrier que j'adressais à mes parents et que ma mère a conservé. |
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1er mars à 22 h 43, départ de Paris gare d'Austerlitz, mes amis et amies
sont présents pour m'accompagner, je suis le premier du groupe à
être incorporé, je pars pour 28 mois, théoriquement, |
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1er avril, permission de 10 h à 18 h 30, balade à Lesparre-Médoc
avec deux copains (Serge LEFEBVRE et GRISOLFI), nous avons mangé dans un
restaurant, prix du repas : 12.50 NF, - 2 avril, marche de 12 km à travers bois et dunes, trois gars de la compagnie tirés au sort pour aller en permission, rhume complètement guéri, nous avons emporté une couverture en cas d'incendie de forêt, réception d'un colis avec du beurre, - 3 avril, séance de godille, garde de chambrée de 4 h à 6 h, - 5 avril, exercice d'armes, fin des classes, nous restons à rien faire en attente de notre affectation, - 9 avril, sports et balade à la plage, - 10 avril, corvée de nettoyage à la chambrée, - 11 avril, sport, - 12 avril, piqûre, dispensé de tout, - 13 avril, premier départ de la compagnie voisine la 47ème, - 15 avril, balade sur le lac en youyou, - 18 avril, nomination pour le pétrolier ravitailleur Lac Tonlé Sap, - 19 avril, départ d'Hourtin à 16 h, autocar jusqu'à Bordeaux Saint-Jean, en train pour Toulon à 20 h 45 en passant par Toulouse et Marseille. |
- nous dormions dans des hamacs (on s'y habitue facilement), ceux-ci
étaient fixés à des barres horizontales sur deux niveaux
en quinconce, le matin il fallait le plier et le remettre en place le soir, dès
que l'un d'entre nous bougeait dans son hamac tous ceux qui étaient fixés
sur la même barre en profitaient, |
- de début mars à
fin mars, nous sommes tous tombés malades, toux, bronchite, grippe, angine,
température, mal de tête... à cause des courants d'air la
nuit, il faisait tellement chaud dans la chambrée que certains ouvraient
des fenêtres de chaque côté ce qui provoquait un courant d'air,
moi j'étais juste à côté d'une fenêtre (dernier
par ordre alphabétique), j'ai été obligé de demander
à mes parents de m'expédier des médicaments, un foulard bleu
marine, des compléments alimentaires, les soins étaient administrés
de façon collective nous y allions en marchant au pas, badigeonnages de
gorge, gouttes dans le nez, sur les 30 de la compagnie, il y en avait 8 à
l'infirmerie, il était très difficile de dormir la nuit à
cause des toussards, |
- nous avons fait des séances de godille sur
le lac, participé à des cours théoriques sur le maniement
des armes, à l'apprentissage des grades, à des séances de
mise en garde quant aux risques d'attraper des maladies vénériennes,
ceci à partir d'un film, |
- chacun avait à effectuer son contingent de corvées :
balayer la cour, envoyer les restes de nourriture aux cochons, approvisionner
et desservir la machine à laver la vaisselle (elle faisait presque 10 m
de long), effectuer la plonge au mess des officiers mariniers, garder à l'aubette
... |
- nous avions à
effectuer des tours de gardes, mais aussi défiler presque tous les matins
avec musique de la flotte, |
- de 72 kg à mon arrivée à
Hourtin je ne pesais plus que 69 kg en fin de formation, |
- d'autres corvées
nous furent attribuées (jardinage plantation de dahlias, semer du gazon,
dallage ), |
- notre section était surnommée celle des intellectuels
(nous savions tous lire et écrire), |
- un prestidigitateur faisait
son service militaire (il endormait les gens), un rugbyman DUPRAT, un du groupe
les Chaussettes Noires... étaient aussi parmi nous, |
- au mois de février 1962, la guerre d'Algérie (appelée
autrefois Opération de Maintien de l'Ordre) n'était pas terminée,
nous avions la crainte d'y être envoyés,
à l'approche de notre affectation, la situation devenait tendue, le cessez
le feu en Algérie n'était pas encore signé, la durée
légale du service militaire était encore de 28 mois, |
- les
nominations arrivèrent, il fallait pour le porte avions Le Foch (mis à
l'eau récemment) 800 hommes d'équipage, notre paquetage devait être
en permanence prêt pour partir rejoindre notre première affectation, |
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un copain a été envoyé à la DBFM de Sirroco près
d'Alger, centre de formation des Fusiliers Marins, il fut le seul à partir
en Algérie, |
- un collègue a été passé
tout habillé sous l'eau, il ne se lavait jamais et sentait mauvais, son
slip était tout noir, il était le fils d'un haut gradé de
la marine et demeurait dans un beau quartier de Paris, |
- l'eau des sanitaires
était couleur rouille, elle provenait sans doute du lac, |
- nous
n'avions droit qu'à une seule douche par semaine, |
- les WC étaient
particulièrement sales, ils étaient la plupart du temps bouchés,
le tout s'empilait, il fallait retrousser les manches du pantalon, |
- le
petit déjeuner était apporté dans la chambrée, c'était
la ruée, |
- l'entente du groupe était très bonne, il
n'y a jamais eu de conflit, |
- lors d'une revue au terre-plein des couleurs,
6 à 8 matelots étaient sur le monticule de terre, au signal : "présentez...
armes !", l'un d'eux mis l'arme sur l'épaule, ne se rendant compte
de rien, il resta ainsi, |
- au hasard des escales, il m'est arrivé
de retrouver avec plaisir des camarades d'Hourtin, l'un d'eux Serge LEFEBVRE affecté
avec le Commandant HOUOT sur Archimède à l'extrémité
du quai de l'Artillerie sera libéré en même temps que moi,
nous nous quitterons à la gare Saint-Lazare de Paris, |
- lorsque nous sommes arrivés à Hourtin venant en autocar Marine Nationale de la gare SNCF de Bordeaux, aucun accueil pour nous expliquer à quel endroit nous nous trouvions. Il aurait été judicieux de nous situer la région, pour ma part je n'avais jamais entendu parler d'Hourtin. |
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- Hourtin Centre de Formation Maritime soit disant, aucune information nous a été donné sur la Marine Nationale, il aurait été judicieux aussi de nous faire un petit historique sur l'institution qui nous accueillait, sur les bâtiments la composant, qu'est-ce qu'une escadre ? pour quelles genres de missions les escorteurs d'escadre ont été conçu ? ... |
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- nous nous situions en dehors du temps, au cours des mois de mars et avril 1962 des événements importants nous concernant se déroulaient : négociations pour mettre fin à la guerre en Algérie, des appelés y étaient encore envoyés. Nous n'avions aucune nouvelle de l'extérieur. |
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- concernant la suspension du service militaire,
je pense que c'est une erreur, le peuple se trouve coupé de son armée, les opérations médiatiques ne sont pas suffisantes pour pallier à cela. Le service militaire permettait la rencontre de jeunes issus de milieux différents, permettait aussi l'apprentissage de la vie en commun, la solidarité... il aurait aussi permis une remise à niveau des connaissances pour certains et pourquoi pas apprendre les bases d'un métier. |
- depuis 1983, je suis retourné à plusieurs reprises dans
le Médoc, passant devant le CFM, reconnaissant la chambre dans laquelle
j'avais séjourné, faisant de la planche à voile à
Piqueyrot, la petite plage sur le lac à proximité du CFM, m'aventurant
à la limite du CFM, un jour j'ai assisté de ma planche à
une inspection, plusieurs baleinières avec matelots pelles en l'air rendaient
les honneurs à un gradé. |
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- c'est une région que j'aime
beaucoup, pour ses grandes plages, son lac, ses pistes cyclables de la Pointe
du Verdon au Cap Ferret, certaines pistes constituées de plaques de béton ont été mises en place par les résiniers afin de transporter la résine à une époque ou cette industrie était en pleine essor. |
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- des bruits circulent
sur un projet de transformation du CFM en centre touristique, la région
ne peut que s'en réjouir, mais cela apportera immanquablement des nuisances. Le CFM comporte des installations importantes : deux stades, une piscine olympique, un gymnase... |
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les blockhaus que j'ai connus en 1962 étaient en haut des dunes, ils se
trouvent maintenant dans l'océan, souvent ils sont disloqués, le
rivage a perdu au moins 200 mètres en 60 années dans certains endroits. Vers 1995 les restes d'un des blockhaus de la plage d'Hourtin ont été évacués. |
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- en aout 2006, la commune d'Hourtin est devenue propriétaire des lieux. |
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- il serait bien qu'une journée portes ouvertes permettent à ceux qui ont fait leurs "classes" dans ces lieux de rendre une dernière visite aux installations avant transformations du site. |